"Penser l'Etat", Philippe Braud (2004)
- Le phénomène étatique au regard de la Théorie
- Les dilemmes de la doctrine juridique
- La clarification wébérienne
- Enrichissements anthropologiques
- Le phénomène étatique au regard de l'Histoire
- L'aventure occidentale de l'État
- La mondialisation du phénomène étatique
- Le phénomène étatique au regard de la Sociologie
- L'État comme entreprise
- L'État comme système décisionnel
- L'État a-t-il un avenir
La notion d'Etat renferme des sens multiples, complexes et parfois même contradictoires. Il désigne en effet à la fois le tout et la partie du tout : la France est un Etat, mais il existe aussi un Etat en France. Il est à la fois matériel, à travers sa population et son territoire, mais ne prend réellement sens qu'à travers des représentations mentales relevant de l'ordre du symbolique.
La philosophie politique moderne a souvent placé l'Etat au cœur de ses préoccupations. Jean Bodin en définit ainsi le signe distinctif, la souveraineté, signe qui va obséder la philosophie politique puis les sciences juridiques jusqu'au XVIIIe siècle. Mais si globalement les penseurs s'accordent sur la compétence théoriquement illimitée de l'Etat, ils se divisent sur la nature de sa souveraineté – le monarque ou le peuple ? En opposition à ces thèses se développe une philosophie libérale de l'Etat qui entend tracer des frontières à la puissance publique (Locke, Constant).
Le débat se déplace avec la Révolution Industrielle pour porter sur les limites de la sphère d'intervention de l'Etat : doit-il se concentrer sur ses pouvoirs régaliens ou agir en tant que véritable Etat Providence soucieux des plus démunis, voire même comme instrument de transformation sociale, nécessaire à une société juste et égalitaire (marxistes) ? Ces conceptions antagonistes de l'Etat vont s'affronter pendant près de 150 ans dans un contexte de lutte idéologique.
Mais la crise de l'Etat Providence et la chute des totalitarismes ont conduit à revoir une fois de plus la réflexion sur l'Etat, aujourd'hui profondément marquée par les sciences sociales.
La théorie juridique définit l'Etat par rapport au droit constitutionnel, au droit administratif et au droit international. La notion même d'Etat ne soulève pas de difficultés particulières, contrairement aux autres sciences sociales où le concept a davantage fait problème.
L'anthropologie y voit un concept très large, synonyme de pouvoir politique organisé, par opposition à l'histoire qui s'est efforcée de cerner ses origines féodales et de le différencier d'autres institutions politiques telles que la Cité. La Science politique néglige elle aussi bien souvent l'Etat, qui lui apparaît comme un rouage mineur d'un système politique global, alors qu'en sociologie l'étude du phénomène étatique n'occupe qu'une place mineure. Il n'est donc pas douteux que le recours sans esprit critique au concept d'Etat, qui renvoie à des réalités disparates, peut entrainer de lourdes erreurs d'analyse. Cependant, une analyse fine permet de mettre en évidence des caractéristiques communes.
Une autre erreur récurrente consiste à différencier strictement Etat et société civiles, de les voir comme deux institutions distinctes régies par des rapports de domination, alors que l'Etat n'est pas une réalité séparée de la société civile.
Il faut enfin se garder d'adopter une vision anthropomorphique qui ferait de la puissance étatique un acteur mû par une vision cohérente et globale, poursuivant un but précis sur le long terme : une telle méthode se raccrocherait à une conception idéologique de l'Etat.
La science politique privilégie trois approches afin d'étudier l'Etat de la manière la plus complète possible.
- Une approche théorique d'une part qui consistera à définir un « idéal-type » de l'Etat, tout en tenant compte de la diversité du phénomène étatique.
- Une approche historique d'autre part, afin de se situer dans la perspective de ladite histoire et définir l'origine de l'Etat et son évolution au fil des siècles.
- Une approche sociologique enfin, dans le but d'identifier les moyens matériels et humains dont dispose la puissance étatique, mais aussi d'analyser les mécanismes décisionnels affectifs.
[...] D'où l'intérêt de se référer à la notion de Budget social d'un pays, ce document comptable récapitulant l'ensemble des dépenses de cette nature, pour mesurer l'étendue des prestations sociales. Ce budget est égal en France à celui de l'État. On parle aujourd'hui de crise de l'État-Providence dans les pays développés : le volume des prestations sociales à financer ne cesse de croître, en raison d'un chômage structurel que l'État ne parvient pas à résorber et du coût croissant de la santé, mais aussi parce que des voix lui prêtent, à tort ou à raison, une responsabilité dans le déclin industriel relatif des pays les plus avancés. [...]
[...] Les deux conflits mondiaux confirment l'influence des guerres sur le phénomène étatique : si la Première Guerre mondiale voit l'émergence du concept d'État-Nation, la deuxième provoque une salutaire prise de conscience du caractère suicidaire des affrontements entre lesdits État- Nations. La logique d'accumulation économique et financière Le processus de monopolisation fiscale Dans son ouvrage, La Dynamique de l'Occident, Norbert Elias insiste sur l'importance décisive du processus de monopolisation fiscale dans la sociogenèse de l'État. En effet, les rois n'ont pu compter que sur leurs revenus domaniaux pour financer les dépenses de leur gouvernement. [...]
[...] Mystiques modernes L'État moderne ne se dispense pas pour autant de recourir à la puissance mobilisatrice des croyances ni de manipuler des symboles à forte charge émotionnelle (patriotisme de l'État-Nation, idéalisation de l'État républicain et de l'État-Providence). Ces mystiques modernes on par ailleurs l'avantage de priver l'Église des bénéfices symboliques dont elle bénéficiait par le passé. L'échec de l'État-Ouvrier vanté par les révolutionnaires rappelle que pour s'imposer l'État doit s'identifier aux idéaux les plus fortement valorisés par une société, pas seulement par un groupe particulier. [...]
[...] Par cette référence à la sauvegarde de la nation, de la patrie pour dépasser les conflits interne et garantir la solidité de l'État nécessite un travail d'idéalisation permanent dans les instances éducatives, afin que le sentiment national reste intériorisé par l'ensemble des citoyens et ne se heurte à aucune allégeance investie d'une légitimité supérieure (religion). Des Nations sans État Le rôle des États dans la construction de la nation est décisif. L'existence de nationalismes revendiquant pour un peuple le droit à un État semble néanmoins prouver que la relation puisse s'inverser (Allemagne, Italie). [...]
[...] Un droit respecté par l'État La notion d'État de droit naît en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Les théoriciens du Recht Staat postulent donc un pouvoir exécutif n'édictant que des normes inspirées par l'utilité publique et ne s'accordant pas le droit d'en accorder arbitrairement la mise en œuvre. Contre cette approche, la doctrine wébérienne postule des normes inspirées par l'utilité publique et rend illégitime tout recours à l'arbitraire. C'est en ce sens que les juridictions administratives dès la fin du XIXe siècle vont statuer pour garantir aux justiciables la légalité des actes administratifs. [...]
La naissance de l'Etat en Occident
«État moderne, résultante d'un processus de monopolisation. La guerre : moteur inconscient de la concentration monopoliste. Monopolisation fiscale. Etat moderne, résultante d'un processus d'institutionnalisation. Processus de différenciation. Processus de rationalisation.»
«Actuellement, 192 Etats siègent à l'O.N.U. Ce chiffre, en constante progression depuis la création de l'organisation en 1945, témoigne de ce que l'on pourrait nommer une « mondialisation » du phénomène étatique. Cependant, si le modèle étatique, semble aujourd'hui s'imposer, il convient de rappeler...»
Le point sur l'étude des élites en France, à partir de l'essai de Pierre Birnbaum, Les sommets de...
«La recherche d'une autonomie fonctionnelle. La IVe République, comme auparavant la IIIe, est marquée par la ''dissociation renforcée des pouvoirs politico-administratifs''. C'est avec le gaullisme que l'Etat proclame pour la seconde fois son indépendance vis a vis des diverses forces sociales et...»
«Historien et sociologue français né en 1940, Pierre Birnbaum est depuis peu professeur invité à l'université de Columbia aux Etats-Unis, après avoir enseigné pendant des années la sociologie politique à l'Université Paris-I et à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Ses recherches portent sur «...»
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